L’histoire du château de Peyrins a été marquée par deux personnages qui ont chacun à leur manière marqué leur époque :
– Soffrey de Calignon, chancelier du Roi de Navarre Henri IV, et l’un des principaux rédacteurs de l’Édit de Nantes (par lequel le roi de France reconnaît la liberté de culte aux protestants), qui fut le premier occupant du château de Peyrins.
– Germaine Chesneau : directrice d’un foyer d’accueil au château de Peyrins et grand-mère de l’actuel occupante du château, elle a notamment reçu la médaille des Justes pour avoir sauvé des dizaines d’enfants juifs des nazis.

-1550 Samedi veille de Pâques vers 16h, naissance à St-Jean de Voiron (St-Jean de Moiran) de Soffrey de Calignon.
Son père s’appelait Genton de Calignon, et sa mère, Claudine Giraud. De religion catholique, ils eurent 20 enfants et peu de moyens pour les élever. Soffrey de Calignon fut baptise par son oncle, Claude de Calignon, curé de l’église de Voiron. Soffrey, semblant doué pour l’instruction, fit ses premières études à Grenoble. Compte tenu de ses très bons résultats, il fut envoyé à Paris au collège de Navarre où il apprit les belles lettres, la géographie, la philosophie, les mathématiques, le grec. Son père l’envoie ensuite à Padoue faire l’université de Jurisprudence (du droit). Il se perfectionne en mathématique, en droit, apprit l’italien, l’espagnol et le latin.
Il rencontre à Padoue un personnage du nom de Caillet qui changea sa vie, celui-ci le convertit à la religion réformée, le protestantisme. Après Padoue il part pour Turin où il achève ses études de droit. De là il écrit une lettre à son père l’informant de son changement d’idéologie religieuse, son père le répudie. A Turin où il reste quelques temps il fit de nombreuses connaissances
De retour en France, il reçut son titre de Docteur à Valence (Drôme), son père mourut à cette même époque. Soffrey put monter librement son attachement à l’église réformée. Il présente sa candidature en tant qu’avocat au parlement de Grenoble, mais le président, un zélé catholique, lui refuse le poste. Il décide d’aller ailleurs chercher fortune. Il retourne à Turin, devient secrétaire du seigneur Salvaing et côtoie le roi de Navarre qui apprécie fortement l’érudition et l’intelligence de Soffrey de Calignon.
– Le 1er octobre 1576 il est nommé conseiller du parlement de Grenoble. Un 1er traité entre protestants et catholiques échoue (refus des protestants)
– Le 3 octobre 1577 il est nommé de nouveau conseiller à Grenoble, un 2ème traité dit « traité de paix » échoue ( la Ligue des catholiques fait obstruction)
– Le 20 janvier 1579 il est une fois de plus nommé conseiller à Grenoble, un 3ème traité échoue.
– Le 19 janvier 1580 le roi de Navarre (Henry) le fait Maître des requêtes. Il est dépéché auprès des différentes cours européennes comme ambassadeur en faveur de l’union des deux confessions et pour l’entente de tous les princes protestants.( Angleterre-Allemagne-Danemark-Suède-Suisse-Hollande).
– Le 18 decembre 1587 il épouse Marthe du Vache, fille de Claude du Vache, seigneur de Peyrins et de Françoise Murinais, dame de Peyrins. De ce mariage il naquit 3 fils (Alexandre, Abel, François) et une fille (Uranie). La famille demeure à Embrum.
– Le 3 mars 1590 il est nommé président du parlement de Grenoble
– Le 26 décembre 1590 il échange sa place de président contre celle d’intendant de justice du parlement du Piémont
– Le 6 juin 1593 il est fait Chancelier de Navarre.
– Le 24 janvier 1594 il est nommé Conseiller d’état au conseil de France.
– En 1595, Bertrand de Monges vend à Soffrey de Calignon ses biens et rentes de Peyrins pour 1200 écus. Calignon obtient du roi Henry 4 par lettres datées du 2 mars 1606 les pierres et attraits du vieux château de Peyrins.
– Le samedi 6 septembre 1606 mort de Soffrey de Calignon à l’âge de 56 ans, due à une insolation occasionnée par une attente trop prolongée en plein soleil sur la terrasse du roi.
C’est au 17ème siècle que fut bâti le château actuel de Peyrins, certainement à partir des pierres d’un édifice déjà existant (fin 16ème). Soffrey de Calignon n’en eut la jouissance que fort peu de temps, mais sa descendance, de Calignon, puis, de Chabrière, puis de Sallmard, habitèrent la maison jusqu’en septembre 1935, date à laquelle la famille Chesneau fit son entrée dans cette demeure jusqu’à nos jours.
Germaine Chesneau

Issue d’un milieu bourgeois, sa mère est infirmière et son père inspecteur de la DDASS, la petite Germaine est une très bonne élève. A 18 ans, elle entre à l’école supérieure agricole et ménagère de Grignan. Elle fait partie de la première promotion féminine de cette célèbre école. En 1914, l’école ferme pour raison de guerre. Germaine a 20 ans et rentre à l’hôpital militaire de Lyon comme infirmière. Elle est ensuite envoyée à l’hôpital militaire de Larressore, au Pays Basque, où elle exerce les fonctions d’infirmière et d’économe. Elle y reste 12 ans. Elle y rencontre Marcel Chesneau, de 8 ans son cadet, qu’elle épousera en 1926. Le couple vient s’installer à Peyrins.En janvier 1935, le comte de Sallmard accepte de louer une grande partie de son château. En septembre la « Maison d’enfants à caractère sanitaire » ouvre ses portes.
Germaine Chesneau est alors seule, avec 3 enfants et une maison à gérer.Devant la montée du racisme, elle est choquée.
En septembre 1939, lorsque la guerre est déclarée, elle anticipe et fait des provisions de nourriture. Elle a vécu la première guerre et se souvient des difficultés rencontrées à cette période donnée, des enfants convalescents de diverses maladies ou des enfants de santé fragile vivent au Château de Salmard toute l’année. D’autres enfants ne viennent là que pendant les vacances. Ce sont ceux dont les parents travaillent.
En 1940, elle tient tête au commandant de l’armée d’invasion installée au château et exige notamment que des outils qui ont disparu réapparaissent et réclame une limite au sol sur la terrasse, où les allemands font leur gymnastique.En 1942, commencent dans toute la France les rafles des juifs étrangers, le gouvernement de Vichy réclame 4 000 juifs pour les déporter.
Le 26 août de cette même année, les juifs étrangers de la région sont internés et recensés dans un camp à Vénissieux. Là, les hommes et les garçons de plus de 15 ans sont rassemblés d’un côté, les femmes et les jeunes enfants de l’autre. Grâce à « Amitié Chrétienne » et à d’autres organisations bénévoles, 108 enfants sont sortis du camp de Vénissieux dans le cadre d’une opération de grande envergure. 14 d’entre eux arriveront à Peyrins à la fin du mois d’Octobre 1942 pour y être cachés sous un faux nom, ils vivront, intégrés aux autres pensionnaires. Germaine Chesneau les accueille chaleureusement, enregistre les enfants sous de faux-noms et enterre tout ce qui peut trahir leur origine, livres de prières, bibles ou souvenirs personnels. Tous sont scolarisés selon leur niveau. Des professeurs du lycée de Romans ou du personnel de la maison assurent les cours.
Des adultes Juifs étaient également cachés au château, employés en tant qu’enseignants ou moniteurs.
Germaine Chesneau avait fait installer un téléphone et une cloche pour prévenir les enfants en cas de descente de la Gestapo, les moniteurs devaient alors se cacher dans les caves du château.
En 1943 et 1944, il y aura de nombreux mouvements d’enfants que Germaine Chesneau n’inscrira plus dans son registre d’entrées et de sorties. Ainsi on ne sait pas combien d’enfants de l’OSE auront transité par le château de Salmard.
Le 22 août 1944, la ville de Romans est libérée par les résistants, mais reprise par les allemands le 27 de ce même mois.
Une personne du commissariat conseille à Germaine Chesneau de faire évacuer la maison. Par petits groupes, les enfants rejoignent les bois de Saint-Ange, où chaque unité doit construire une cabane.
Germaine Chesneau, alitée, reste au château en compagnie de Monsieur Pierre (Albert Pommer), le jardinier, producteur allemand caché. Le soir, la famille Chosson accepte de recevoir pour la nuit cette colonie de 64 personnes, enfants et adultes qui les encadrent. On met à disposition le grenier à blé. Ils dormiront dans le grain et resteront une petite semaine dans ce campement : la nuit dans le blé, le jour dans les bois. Pour la toilette, tout le monde se lave chez les Mottin, la ferme de l’autre côté de la route. La nourriture cuisinée par la par belle-sœur de Germaine Chesneau au château, est acheminée dans des bidons de lait de 25 litres jusqu’à la ferme Chosson par les adolescents.
Le 29 août, dans l’après-midi, arrivent au château 3 tanks allemands ayant à l’avant en bouclier humain, trois peyrinois. Ils recherchent leurs prisonniers retenus dans un château à 5 kilomètres de Romans. Ne trouvant rien, ni personne, ils saccagent du matériel et repartent avec toutes les victuailles de la maison.
Le 30 ou le 31 août, les Américains arrivent, s’installent au château, dans le parc et en bordure de celui-ci. C’est le génie, ils resteront jusqu’à ce que les ponts bombardés soient munis de passerelles permettant les liaisons entre les rives. Ils conseillent de ne pas faire revenir les enfants tout de suite, un sursaut allemand étant possible, ils réintégreront la maison le 1er ou 2 septembre.
L’OSE va récupérer tous les enfants juifs restants dans des établissements ouverts pour eux. Pas un seul de leurs parents ne rentrera de déportation sauf deux pères prisonniers, car engagés volontaires dans l’armée française.
Pendant toutes ces années difficiles, nombre de Peyrinois soutiendront Germaine Chesneau discrètement : la famille Perrier, ses voisins, toujours présents pour lui venir en aide ; M. Blache, le boulanger ; M. Brunel, qui rendait en farine le même poids que de grain apporté ; la famille Fouare chez qui les fruits étaient abondants… ; M. Sylvestre et tant d’autres qui avaient compris, senti et ne dirent jamais rien.
Pour avoir caché et sauvé 139 personnes, Germaine Chesneau recevra en février 1970 à Paris la médaille des Justes parmi les Nations.
En aout 1981, fermeture de la « Maison d’enfants à caractère sanitaire ». Le 29 janvier 1983, décès de Germaine Chesneau.